Depuis quelques mois, une tragédie se développe, dans l'indifférence totale, à la mine souterraine de Kipushi. Il s'agit d'une fulgurante montée des eaux dans la mine avec perte successive de points de captage à différents niveaux. La gestion calamiteuse de ce grave incident augure bientôt le point de non retour avec la perte imminente et totale de cette mine, mondialement connue comme une des sources principales de germanium.
Au moment où, à travers le monde, des pays s'organisent de manière à maximiser les retombées de l'exploitation des ressources naturelles pour leur population, en ce temps d'embellie de cours de métaux, le secteur minier congolais se trouve encore dans le noir. Ce secteur, pourtant promoteur pour la relance de l'économie nationale, est malheureusement paralysé par une crise de confiance provoquée d'une part, par l'insécurité juridique consécutive à la revisitation des contrats, et de l'autre, par l'attribution des projets stratégiques à des groupes dont la seule expertise connue est la spéculation.
LA DESCENTE AUX ENFERS
A moins d'un recours rapide à une vraie expertise et à l'acheminement urgent des matériels de pompage adéquats, la RDC va bientôt perdre la mine de Kipushi, première mine souterraine démarrée en 1925, et source d'une brochette de métaux dont le germanium, le cadmium, les métaux précieux, à côté du cuivre et surtout du zinc. Elle est ainsi l'unique ressource locale des minerais de zinc, utilisé pour la fabrication d'acide sulfurique dont l'importance n'est plus à démontrer.
Quand on sait que pour produire une tonne de cuivre à partir des minerais oxydés, il faut environ trois tonnes d'acide sulfurique. Autant dire que cette mine - actif important de la RDC -, correctement mise en exploitation en synergie avec les autres mines extrayant des oxydes, constitue un atout de grande valeur pour le pays. Sa perte par ce qui s'apparente à un bricolage sera un grand coup pour l'économie congolaise.
Située à 30 Km de Lubumbashi, et seulement à quelques centaines de mètres de la frontière zambienne, cette mine était autrefois appelée mine " Prince Léopold ", en souvenir de la visite de ce prince en août 1927.
Après un court passage par une exploitation à ciel ouvert, le fonçage du premier puits y fut amorcé le 27 juillet 1925. Le premier minerai fut envoyé aux usines de Lubumbashi seulement quelques semaines plus tard. Le minerai extrait de Kipushi a ainsi permis, dans les années de gloire de la Gecamines, d'assurer, outre la production de l'acide sulfurique aux fours Spirlet de Likasi, annuellement plus de 65.000 tonnes de zinc, 300 tonnes de cadmium, de dizaines de milliers de tonnes de cuivre contenus via les usines de Lubumbashi, mais surtout l'énorme stock de germanium piégé aujourd'hui dans les scories de Lubumbashi (le fameux Mumbunda) dont la valeur in situ est estimée à plusieurs milliards de dollars américains.
D'après les experts, la situation tragique de la mine est la combinaison de plusieurs facteurs : le mauvais choix des partenaires ; la mauvaise allocation de fonds engrangés par la Gecamines au fil des années en dépit des ponctions intempestives et désordonnées imposées unilatéralement et de manière récurrente par le gouvernement central ; la désintégration du capital humain et la démotivation du personnel exacerbée par le manque criant de visibilité pour leur avenir consécutive à la navigation à vue qui caractérise aussi la gestion de cette entreprise depuis plus d'une décennie. Tous ces facteurs constituent un challenge pour la nouvelle équipe.
En effet, on distingue deux ailes à la mine : l'ancienne et la nouvelle mine. L'ancienne mine a son exhaure composée de cinq salles placées en série de bas vers le haut tandis que la nouvelle mine gérée par le puits 5, le dernier né de la mine de Kipushi foncé jusqu'à 1.200 m de profondeur en 1975, est dotée dune grande salle d'exhaure à 1.200 et d'une salle de reprise des fuites de la salle principale à 1.206 m.
GENESE DES FAITS
Le 26 novembre 2010, suite à une insuffisance de communication dans la mine, la salle d'exhaure du niveau 710 m se noie de manière impitoyable. Cet incident entraîne l'arrêt des salles inférieures desservant cet avant-dernier niveau (710) du côté de l'ancienne mine. La situation ne sera rétablie qu'après trois mois.
Malheureusement, il y a eu de nouveau une noyade des chantiers sous 1.150 alors que la salle d'exhaure au niveau 1.200 au puits 5 ne fonctionnait qu'avec 3 pompes au lieu de 7 prévues, connaît un fonctionnement chaotique suite à des multiples déclenchements consécutifs aux délestages à répétition inhérents aux perturbations du réseau Snel. Les défaillances électriques s'accumulent et la situation allant de mal en pis, combinée au manque criant de stock en pièces de rechanges aux magasins, le recours à des solutions de dépannage en désespoir de cause imposant l'emploi faute de stock du matériel non adéquat digne de la mécanique du village.
Les eaux ont ainsi atteint le niveau 900 il y a quelques jours et on s'achemine inexorablement vers la perte du dernier point de captage.
Les témoignages concordants font état d'un apport de beaucoup de matériels non appropriés tels que des pompes à basse pression et à faible hauteur manométrique, des tuyauteries de refoulement ne résistant pas à une forte pression, des moteurs ne tournant pas à la bonne vitesse. Dans la mine, en noyade, la scène ressemble de plus en plus à un véritable capharnaüm tandis que les eaux remontent sans pitié.
Avec la perte des techniciens, suite à l'opération " départ volontaire ", et ce, malgré le dévouement du personnel résiduel, malheureusement très mal équipé et démotivé par des irrégularités de salaires et de perspectives d'avenir flou, en trois mois, la mine est noyée de son point bas situé sous 1.400 m à 900 m ; soit près de 500 m perdus suite à une gestion calamiteuse de la Gecamines qu'aura hérité une équipe dirigée par l'ADG Kalej et le PCA Yuma - ce dernier agissant en même temps comme Président du patronat congolais, la FEC.
L'actuelle équipe dirigeante de la Gecamines se trouve donc devant un dilemme. Elle est dans l'obligation de redresser une situation qui tend à devenir irréversible. A plusieurs reprises, l'intersyndicale de la Gecamines a dénoncé le fait que les pas-de-porte versés à l'entreprise, qui s'élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars, et l'apport de vieux partenariats tels que STL aient pris des destinations inconnues, perturbant le plan de trésorerie et de relance des activités Gecamines qui se retrouve, bizarrement sans fonds de roulement.
Malgré une intervention remarquable du gouverneur du Katanga pour sauver la mine par ses contacts personnels, notamment en Zambie et en Afrique du Sud, le mal s'est aggravé faute d'une solution appropriée. Aux grands maux, il faut de grands remèdes, dit-on. Sinon l'hécatombe se profile à l'horizon.
Alors que l'extraction minière a été arrêtée depuis 1993, et la mine placée en " care and maintenance " dans un parfait état, la Gecamines avait attribué la mine à Adastra avant de révoquer ce contrat pour embrasser un autre partenaire suisse, dénommé United Resource. Le partenaire sélectionné a passé les filets de la revisitation sans encombres.
Face à ce grand défi, il doit être vite interpellé pour mettre un terme à ce gel. En effet, selon le rapport Volume 2 de la commission de revisitation des contrats miniers à sa page 123, la Gecamines avait signé le 04 février 2007 un contrat d'association pour la création d'une joint-venture dénommée KICO dans laquelle le partenaire United Resource détiendrait 70%.
LA VILLE FANTOME
Quatre années après, et en dépit de l'embellie de cours de métaux, la ville de Kipushi a des allures de ville fantôme. Elle risque d'être coupée de Lubumbashi avec l'état désastreux de la route qui la relie au chef-lieu de la province. Or, la population espérait une injection des capitaux frais et la redynamisation de l'exploitation avec la clôture de la revisitation.
Pour Kipushi, la prospérité n'est pas au rendez-vous. Ceci interpelle le ministre des Mines, et bien plus le gouvernement, à s'assumer.
Le 31 mars 2011, l'occasion de clôture de déclaration pour solde de l'impôt sur les bénéfices et les profits pour l'exercice fiscal 2010 sera aussi une fraîche opportunité pour toute la population d'évaluer les retombées du secteur minier au plus fort de l'embellie des cours des métaux.
Faute de résultats probants sur le terrain, les multiples contrats tant vantés ne valent pas plus que le papier sur lesquels on les a signés.
Entre-temps sur le terrain, la liste de mines noyées s'allonge. Après celles de Musoshi, Kinsenda, Bikuluwe, Mashamba et Lonshi, sera-ce bientôt le tour de la prestigieuse mine de Kipushi? Les prochains jours seront déterminants.
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